
C’est d’abord le niveau des rivières. A la suite des fortes précipitations que nous connaissons depuis plusieurs semaines, l’Aube et la Seine ont connu une très forte augmentation de leur débit. Il dépassait hier les 102m3/s à Bar/Aube et atteignait les 107m3/s à Bar/Seine samedi 17 décembre. A Bar/Aube nous ne sommes plus, nous dit Chapi-Chapo, qu’à 20cm du niveau historique de 1910.
La moitié des digues en ruine
L’autre élément d’inquiétude, plus grave, provient de l’état des digues. Il serait tout simplement catastrophique. L’info n’est en vérité pas nouvelle. A plusieurs reprises, sur ce site, nous nous sommes fait le relai des inquiétudes des riverains concernant les digues troyennes. Il suffit de relire cet article publié en 2006 : Troyes bientôt sous les eaux ? ou de revoir cette vidéo diffusée à la même période :
Digue de Fouchy par auboisementcorrect
Laissées à l’abandon, plus de la moitié des digues de l’agglomération (56% selon la préfecture), sont donc aujourd’hui au bord de la rupture ! Pour celles-ci, « la sécurité immédiate de l’ouvrage ou de l’usager n’est plus assurée » nous dit-on... Autrement dit, le danger est bien réel et, selon le SAVSAT, « la ruine ou la rupture se produira probablement dans un délai inférieur 2 ans ».
Il faut encore le redire : cette information n’est pas nouvelle puisqu’il y a 5 ans déjà, sur cette digue de Fouchy aujourd’hui classé « rouge », nous tirions la sonnette d’alarme en montrant les graves détériorations. A l’époque, le SAVSAT promettait d’agir. Qu’a-t-il fait ? Quelques menus travaux mais en vérité pas grand chose, si ce n’est de constater, 5 ans plus tard, que Fouchy était bien une digue et que celle-ci était menaçait ruine !
Au pied des digues, on continue à construire !
Mais il y a pire. Certains ont longtemps pensé que la création des Grands Lacs suffisait nous protéger. Au nom de cette certitude idiote, on a urbanisé à tort et à travers, rendant les sols imperméables et nos villes et villages plus sensibles à la moindre crue. Le comble de ce délire a été atteint sur les digues mêmes ! Autour de Fouchy (pour ne prendre que cet exemple), à proximité d’une digue en ruine (parfois sur la digue), on a ainsi laissé construire de nouvelles habitations, jusqu’à très récemment encore. La vidéo ci-dessus en témoigne, ainsi qu’un simple petit tour sur place ou sur le site Google Maps. Est-ce une malencontreuse erreur administrative ? Une signature un peu trop rapide d’un fonctionnaire fatigué ? Même pas ! Car l’analyse du PPRI [1] montre qu’au pied de cette digue au bord de la rupture, le terrain est... constructible !!! La zone rouge, inconstructible, ne représente qu’un mince filet en bord de rives. Ce PPRI, document établi en 2001 pour prévenir les risques, permet donc, en toute légalité, les constructions au pied d’une digue en ruine. On peut donc en déduire que lorsque ce PPRI a été mis en place, personne n’a pris la peine de vérifier l’état des digues !!! On navigue ici, au sens figuré, en plein délire.
50 ans de procrastination
La situation est donc particulièrement grave. Pourtant, nos élus procrastinent [2]. Ils ne font rien depuis 5 ans, laissent encore construire de beaux pavillons, en nous expliquant, pour se dédouaner, que rien n’a été fait depuis 50 ans !! Et il aura fallu attendre, tenez vous bien, 2010 pour qu’enfin le SAVSAT parvienne à réaliser un simple diagnostic de ces digues ! Ça procrastine sec, remettant à demain ce qu’il faudrait faire dès maintenant. Le Grand Troyes, qui vient juste de reprendre en main ce dossier, promet d’ailleurs la même chose que feu le SAVSAT : des travaux, pour bientôt. Mais ça procrastinera encore. J’en veux pour preuve ces propos d’un élu, relayé par Chapi-Chapo : « Ça m’étonnerait qu’on commence les travaux en 2012 »...
Une lettre pour se procurer un bon radeau
Débordés par l’ampleur du travail, les sommes à investir (on parle de 16 millions d’euros, sans doute bien plus) et surtout le manque de volonté, nos élus procrastinateurs ont quand même décidé... d’écrire une lettre !!! Ils auraient pu prendre des mesures immédiates, stopper tous les travaux et toutes les demandes de permis de construire autour de ces digues, ré-affecter des crédits vers la réparation des digues... Si véritablement les digues sont au bord de la rupture, c’est ce qu’il faut faire. Eh bien non. Le niveau des rivières monte, les digues sont en ruine et les élus du Grand Troyes, inactifs depuis un demi-siècle, ont simplement choisi d’envoyer un courrier, timbré au tarif ordinaire, aux 20 000 habitants concernés. Gageons que ce courrier donnera les meilleures adresses pour se procurer un radeau à bon marché !




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