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Accueil du site > En vrac > Alerter, discuter, proposer > Bové : une Ségolène à moustache.
vendredi 23 juin 2006, par
- 536 visite(s) - Prévision : 1 visites aujourd'huiEt si José Bove était à l’ultra-gauche ce que Ségolène Royal est au centre-gauche ? La moustache en plus... C’est ce que pensent certains, c’est ce que espèrent d’autres et c’est ce que je crains.
De nombreuses similitudes existent entre ces deux personnalités politiques. Les deux sont des stars médiatiques, utilisant à merveille l’image et le pouvoir des médias pour conquérir les opinions publiques. S’ils critiquent le système politico-médiatique en place, ils en en sont paradoxalement les premiers bénéficiaires. Ségolène Royal a construit sa popularité sur une image en rupture avec celle véhiculé par les éléphants du PS. Hors courant, hors système, elle incarne une forme de renouveau du personnel politique. Bové fait de même. Face aux apparatchiks du PC ou de la LCR, il bénéficie d’un a priori favorable. Dans ces deux cas, une certaine virginité politique (évidemment infondée) sert une stratégie politique précise. Au sein du PS, S. Royal semble être en passe de fédérer au delà même de son propre cercle de pensé idéologique. J. Bové pourrait réussir le même coup : l’alliance de la carpe et du lapin, le rassemblement des productivistes du PC et des anti-productivistes des Verts, des trotskistes de la LCR et des anciens leninistes du PC, des nucléophiles de Gauche et des nucléophobes... Bien sur, cette capacité de rassemblement se fait au prix de contradictions évidentes. La encore, et dans les deux cas, le rassemblement se fait plus sur une image que sur un contenu.
Nombreux sont ceux qui chez les écologistes ou dans la mouvance du Non au TCE veulent croire à une candidature Bové, l’espèrent et la désirent. Clairement, il est perçu comme l’héritier, le digne représentant des nonistes. C’est d’ailleurs autour de cette fracture à Gauche que lui même inscrit sa candidature : « Mais je m’inscris dans une démarche collective. Elle fait suite à la dynamique créée par la campagne qui a amené au vote du 29 mai 2005. ». Tout comme le TCE et la fantasmatique « concurrence libre et non faussée » avaient permis de fédérer des forces politiques hétéroclites, c’est désormais autour de J. Bové et de son image populaire que pourrait, selon ses partisans, se rejouer cette union improbable. Hélas, même dans l’ultra-Gauche, notre Ségolène à moustache ne fait pas l’unanimité. Buffet, Besancenot, Chevenement, Laguiller, Fabius... ne jure que par leur propre candidature, la seule, aux yeux de chacun d’eux, capable d’incarner cette soi-disante vrai-gauche. Dispersée, balkanisée politiquement, l’ultra-gauche est soumise aux logiques des appareils politiques qui la composent. Le choix de Bové comme candidat de l’Ultra-Gauche serait un choix d’appareil, pas un choix de militants ou des sympathisants. Autant dire que l’espoir de cette candidature est réduit. On voit mal, le PC renoncer à cette tribune politique que constitue l’élection présidentielle, la LCR ne pas profiter de l’avantage que lui donne les sondages pour son populaire facteur ou Chevénement soutenir les positions libertaires de J. Bové. Bref, autant il était aisé de rassembler contre une mesure ou un traité (TCE, CPE...), autant il sera difficile de s’accorder autour d’un projet commun lorsqu’on défend des opinions aussi diverses (pour ne pas dire divergentes) entre PC, LCR, Verts et MRC.
Quand à moi, qui appartient à cette fausse-gauche, celle qui a soutenu la ratification du TCE, je redoute cette candidature de Bové. Non pas en tant que telle, mais par les conséquences qu’elle engendre déjà. Cette candidature, aussi mince que soit ses chances d’aboutir, conforte l’idée qu’il existerait deux gauches antagonistes. Peu à peu, la campagne qui se déroule actuellement distille dans l’opinion cette analyse : Une Ultra-Gauche incarnerait les vraies valeurs de la gauche face à une autre Gauche corrompue par la tentation libérale. Peu à peu, cette Ultra-Gauche, incapable de dépasser et de tirer des conclusions sereines et mesurées du 29 mai, trace une ligne, construit un mur infranchissable entre les deux gauches supposées. Et Bové ne fait rien d’autre lorsqu’il inscrit sa candidature dans la dynamique du 29 mai. Drôle d’attitude pour qui veut former un rassemblement populaire que de rejeter un électorat qui a choisi une autre voie le 29 mai 2005...
S’agissant des Verts, leur priorité, au delà des anecdotiques problèmes de désignation de leur candidat, devrait être de refuser ce clivage ridicule et artificiel dans lequel beaucoup d’engouffrent. La Gauche en France ne peut se résumer à cette caricature qu’on nous propose actuellement. Ni à la remorque de l’Ultra-Gauche, ni satellites du PS, les Verts doivent assumer un positionnement politique différent qui passe par une véritable indépendance dans les esprits et les faits. Le retour au Ni-Ni de Waechter ? Non, l’écologie politique, fondamentalement de Gauche (partage du travail, rééquilibre Nord/Sud...), doit tracer les contours d’une troisième voie. Une troisième voie qui pour être crédible et originale devra s’affranchir des approches binaires et simplificatrices qui dominent le discours politique actuel.
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