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Contribution à l’enquête d’utilité publique du Pont de la Moline

jeudi 1er mars 2012, par Pascal Houplon | article consulté 76 fois

Alors que le commissaire-enquêteur vient de rendre un avis favorable, voici ma contribution apportée à cette enquête d’utilité publique. Sans reprendre de façon exhaustive l’ensemble des arguments contre ce projet, elle résume l’essentiel des incohérences de ce dossier.

Monsieur,

Le projet dit du « Pont de la Moline » n’a pas fait la preuve de sa réelle utilité lors de la première enquête (c’est d’ailleurs le principal grief fait par le tribunal administratif). Sur le fond, ce projet semble même contraire aux impératifs du développement durable qui doivent guider l’aménagement urbain.

Tout d’abord, l’idée de construire un pont routier dans zone urbaine où n’existe pas de difficulté de circulation particulière (aucun engorgement, aucune zone accidentogène...) est en contradiction avec les objectifs du Grenelle et ceux exprimés par le Grand Troyes. Rappelons que ces objectifs visent à réduire la circulation routière pour réduire nos émissions de GES.

Pour mémoire, les objectifs du PDU du Grand Troyes [1] :

«  Diminuer l’usage de voitures particulières et la valorisation des transports en commun et des modes doux Atténuer les nuisances sonores Améliorer la qualité de l’air Renforcer la sécurité et faire baisser le nombre d’accidents »

Le Plan Climat en construction dans le Grand Troyes affiche également la volonté de réduire nos émissions de GES. Ce Plan Climat et les premières analyses faites montrent l’importance des transports routiers dans les émissions de GES. A l’échelle du territoire nationale [2].,

« Les transports concentrent plus de 20% des émissions de gaz à effet de serre en raison du poids de la voiture particulière dans les flux de transports de l’agglomération. »

La construction de ce pont routier contribuerait donc à augmenter le trafic routier et par conséquent les émissions de GES.

La conclusion s’impose d’elle-même : la construction de ce pont routier génèrerait une augmentation global du trafic automobile et surtout favoriserait l’utilisation de l’automobile pour des trajets excessivement courts (inférieurs à 1km). C’est d’ailleurs le principal argument avancé en faveur de ce pont routier que de permettre aux habitants de la Moline d’accéder à un centre commercial qui se situerait alors entre 400 et 800 mètres en voiture. En terme de réduction des GES, le signal adressé aux habitants serait particulièrement négatif et surtout en évidente contradiction avec toutes les politiques visant à réduire la circulation automobile.

Lorsqu’on observe les arguments développés par la municipalité, on comprend que l’objectif premier de pont serait de « désenclaver » le quartier de la Moline.

Cette notion est, il faut le reconnaître, la « tarte à la crème » de beaucoup de projets d’urbanisme. Et jusqu’à présent, personne à ma connaissance n’a su étayer ou confirmer cet hypothétique enclavement qui serait au cœur de ce projet.

Pour préciser cette notion, il faut rappeler deux ou trois éléments. D’abord, un quartier enclavé est un quartier qui souffre, en raison de la présence d’obstacles physiques (autoroutes, voies ferrées, rivières...), d’isolement et surtout de difficultés économiques et sociales. Si pour la Moline, l’obstacle physique est là, forcé de constater qu’il n’a aucune incidence sur l’intégration du quartier dans la ville ou l’agglomération. Ce quartier pavillonnaire n’est isolé ni du centre-ville de Saint-Julien, ni de Troyes, ni du reste de l’agglomération. Il est, pour des déplacements automobiles, à quelques minutes des principales fonctions urbaines et des principaux axes de communication qui irriguent l’ensemble de l’agglomération. Le pont n’apporterait aucun gain significatif. De plus, ce quartier n’a rien d’une zone délaissée et répulsive. C’est même tout le contraire puisque ce quartier pavillonnaire est justement réputé pour sa situation et sa qualité de vie. Dire que la Moline est enclavée est donc tout simplement faux. Pire, si ce pont devait voir le jour, il créerait des nuisances (bruits, circulation, pollution...) qui nuiraient à la qualité de vie de ce quartier. Évidemment, si le postulat de l’enclavement tombe, tout le projet perd sa raison d’être. Il faut néanmoins reconnaître la situation particulière pour les piétons et les vélos qui ne peuvent actuellement pas se rendre au centre commercial. Dans ce cas de figure, la passerelle proposée par les opposants prend tout son sens. A l’inverse, il serait parfaitement absurde de construire un pont routier pour permettre de prendre sa voiture pour faire 600 mètres. C’est pourtant, la principale raison d’être de ce projet...

En résumé, on peut considérer :
- Qu’un pont routier inciterait à l’utilisation de la voiture et conduirait donc à une augmentation du trafic particulièrement préjudiciable en matière d’environnement (au sens large du terme)
- Qu’un tel pont serait donc contraire à la volonté de réduire le trafic automobile et les émissions de GES
- Que le gain en terme de déplacements serait négligeable pour les habitants concernés et qu’on ne construit pas un pont pour un trajet automobile de quelques centaines de mètres.
- Que le quartier de la Moline n’est objectivement pas enclavé et ne nécessite donc pas une telle infrastructure
- Qu’une passerelle « douce » permettrait à moindre coût de répondre aux besoins particuliers des vélos et des piétons.

Voir en ligne : http://www.auboisementcorrect.com/9...

Notes

[1] Source : extrait du site internet du Grand Troyes, rubrique PDU

[2] Source : site internet Grand Troyes

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