Accueil du site > Environnement > Fouchy, ou le prix des externalités positives...
mercredi 14 décembre 2011, par | article consulté 96 fois
Les étangs de Fouchy coûtent trop chers et ne rapportent rien. En tout cas, c’est ce qu’avance Olivier Girardin pour réclamer une aide du Grand Troyes ou à défaut faire payer aux non-chapelains l’entrée du parc. Ne revenons pas sur ces éléments pour lesquelles le débat a déjà lieu.
Interrogeons-nous sur cette vraie-fausse évidence : « Les étangs de Fouchy coûtent trop chers et ne rapportent rien ». C’est au nom de ce constat et de sa supposée pertinence qu’Olivier Girardin estime devoir faire payer les non-chapelains. L’hypothèse ainsi posé par la municipalité chapelaine montre déjà que l’on considère l’environnement comme une charge qu’il faudrait réduire ou, tout au moins, faire supporter par d’autres. Or, une autre lecture de cette question, plus globale, plus systémique, plus écologique amène à prendre en compte les multiples richesses, les externalités positives, produites par ces espaces verts.
C’est ici qu’interviennent donc nos « externalités positives ». Pour comprendre le sens de cette notion, arrêtons nous sur l’exemple de l’apiculteur popularisé par James Meade :
« L’apiculteur profite de la proximité de l’arboriculteur et obtient un miel de meilleure qualité qu’il pourra vendre à meilleur prix et cela gratuitement. L’arboriculteur ne sera pas payé pour le service indirect qu’il a rendu à l’apiculteur. Il s’agit dans ce cadre d’une externalité positive. Mais l’arboriculteur profite aussi gratuitement de la pollinisation de ses arbres, ce qui améliore son rendement sans avoir recours à de coûteuses méthodes manuelles, et la pollinisation aléatoire des abeilles enrichit aussi la diversité génétique qui permet aux plantations de mieux résister à d’autres affections ou maladies. L’externalité est positive dans les deux sens. »
Vous l’aurez compris, l’externalité positive désigne donc une situation où un ou plusieurs acteurs sont favorisés gratuitement par l’action d’un autre acteur. Les rétro-actions sont possibles, comme dans le cas de James Meade et alimentent alors un système « gagnant-gagnant ». Pour les écologistes, cette question des externalités (qu’elles soient positives ou négatives) est déterminante dans la nouvelle grille de lecture qu’ils portent sur notre société.
Mais revenons à nos moutons, plutôt nos poules et nos étangs de Fouchy. Pour prendre sa décision, le maire de La Chapelle semble s’être appuyé sur les indicateurs classiques de la bonne vieille gestion « à papa » :
Le parc coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros et rapporte 0.
Plusieurs milliers de personnes le fréquentent chaque année
Parmi elles, 85% ne sont pas chapelains.
Conclusion, pour qui se base sur ces indicateurs comptables, la charge doit être répartie sur les non-chapelains, soit à travers une subvention du Grand Troyes, soit en encaissant un droit d’entrée à ces "étrangers" (avec toutes les conséquences négatives d’une telle décision comme l’inévitable chute de la fréquentation).
Vous le comprenez, personne ne semble avoir pris sérieusement en compte les externalités positives liées à ces étangs. Et pour cause, puisque nous ne disposons d’aucun d’indicateur fiable et objectif pour les mesurer. Or, ces externalités existent et méritent d’être intégrées dans la réflexion. Le parc joue d’abord, comme tous les espaces verts, un évident rôle écologique : réservoir de biodiversité, purificateur naturel d’air, régulateur thermique et hydrologique... Aussi gratuits soient-ils, ces services ont une valeur que l’on pourrait parfaitement estimer [1]. A cela, il faudrait également mesurer les services sociaux et éducatifs délivrés par ces étangs (et qui ne pourraient plus être rendus si d’aventure le parc devenait payant). Comment les estimer ? Quelles valeurs leurs donner ? Là encore, nos modèles, nos vieilles habitude se heurtent à l’absence de nouveaux indicateurs de développement.
Reste que, même si nous parvenions à estimer la valeur de ces services, il conviendrait d’intégrer ces externalités positives afin de compenser le coût budgétaire qui, lui, est bien connu. Dit autrement, comment faire pour que les Etangs de Fouchy, qui créent bien plus de richesses (sociales, environnementales, éducatives...) qu’on ne le croit, récupèrent les fruits de ces richesses ? Vaste affaire...
On comprend déjà que le Grand Troyes a, ici, un rôle à jouer, car ces fameuses externalités dépassent le simple périmètre de la ville de La Chapelle. On comprend ensuite que ce rôle peut passer par le jeu des taxes et des subventions, seule manière d’intégrer les externalités négatives (taxe carbone, taxe sur les sur-consommation d’eau...) tout en permettant la juste rétribution des externalités positives (subventions). il ne s’agit donc pas de voir le Grand Troyes comme un guichet à subventions, mais bel et bien comme le régulateur, à moyen et long terme, des externalités positives et négatives. La demande faite par Olivier Girardin auprès du Grand Troyes pourrait donc parfaitement se justifier à condition, d’une part, de prendre en compte toutes ces externalités (et pas seulement le pourcentage de non-chapelains fréquentant le parc...), et d’autre part, d’intégrer les autres parcs et jardins de l’agglomération qui, eux aussi, génèrent des externalités positives.
On voit finalement que cette polémique sur les étangs de Fouchy, loin de n’être qu’une simple affaire financière, interroge sur le regard que nous portons sur notre société et la prise en compte de nouveaux indicateurs pour mesurer le développement.
Voir en ligne : http://www.auboisementcorrect.com/8...
[1] Pour les seules productions agricoles destinées à l’homme des chercheurs ont estimé que le service de pollinisation pouvait être estimé à 153 milliards d’euros