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Gaz de schiste : au secours, ils reviennent !

lundi 23 mai 2011, par Pascal Houplon | article consulté 219 fois

On croyait le danger écarté. On s’est trompé. Pourtant, il y a quelques jours, François Fillon annonçait l’arrêt en France de toute exploration et toute exploitation des gaz et huiles de schiste. Dans le même temps, il mettait en place une mission d’inspection chargé de lui fournir un rapport sur ces hydrocarbures « non-conventionnelles »

Le rapport provisoire vient d’être publié. Et ses conclusions sont édifiantes.

Une exploration aux conséquences réelles

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Contrairement à ce qu’on pouvait penser, les conséquences de la simple phases exploration (dont on verra qu’elle est soutenue par cette mission d’inspection) ne sont pas anodines. Ainsi, le rapport indique : « si l’on veut conclure sur l’exploitabilité et la rentabilité économique d’un gisement, il est indispensable de réaliser en outre quelques essais de fracturation hydraulique, en forage vertical le plus souvent, assortis de prises de données complètes (notamment pression-débit des fluides et micro-sismicité).  ». Et l’on sait que cette fracturation nécessite d’énormes quantité d’eau et d’adjuvants chimiques extrêmement polluants. Les longueurs de ces fissures de la roche-mère «  peuvent atteindre 100 mètres  » précise le rapport. Pire encore, s’agissant de ces techniques de fracturation, la mission avoue que celles-ci sont « mal connues de nos organismes techniques  ».

Chaque fracturation coûte la consommation d’eau d’une ville de 2 000 habitants.

Le même rapport indique ensuite que : « la quantité d’eau nécessaire au forage et à la fracturation d’un puits de gaz de roche-mère serait comprise entre 10 000 et 20 000 m3 (soit à peu près la consommation mensuelle d’une ville de 2000 habitants).  ». Et d’ajouter quelques pages plus loin : «  Il serait évidemment inacceptable que les prélèvements des grandes quantités d’eaux nécessaires aux fracturations hydrauliques puissent s’opérer au détriment d’autres acteurs économiques. »

Des milliers de litres d’acides chlorydrique par puits

A cette eau s’ajoutent des agents de soulèvement (sable, billes de céramique) et des additifs chimiques. Ces fameux adjuvants ont pu, par le passé, atteindre le nombre de 700 produits différents. Le film gasland parle lui de 500 composés chimiques. La mission, sur la foi de l’EPA [1] et des opérateurs miniers (les mêmes opérateurs qui ne veulent pas révéler les secrets techniques de la fracturation...) évoquent 12 produits chimiques différents (Acide chlorhydrique, acide citrique, glycol...). Mais les volumes sont loin d’être négligeables puisque pour un puits, l’EPA, citée par ce rapport, indique qu’il est nécessaire d’injecter près de 14 000 litres d’acide chlorhydrique !!! Pourtant, la mission se veut rassurante : « Les risques pour l’homme ou l’environnement qui s’attachent à l’usage de ces produits peuvent être relativisés : ces produits sont destinés à être introduits dans un milieu situé à 2000 mètres de la surface et déjà fortement imprégné d’hydrocarbures. C’est seulement en cas d’incident qu’ils peuvent entrer en contact avec des milieux fragiles à protéger. ». Le hic, c’est que les incidents sont semblent-ils plus nombreux qu’on ne le croit...

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D’ailleurs, quelques pages plus loin, la mission se contredit en expliquant à propos des craintes liées à l’impact sur la santé et l’environnement : «  Les expériences de l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère en Amérique du nord démontrent que ces craintes ne sont pas toujours infondées.  ». Elle évoque également non plus 12 produits, mais une vingtaine nécessaires à la fracturation dans un paragraphe qui en dit long sur l’opacité de cette technique et ses dangers potentiels : «  Certes la nature et la composition chimique des produits utilisés peuvent constituer une partie du savoir-faire dont la divulgation affecterait l’avantage concurrentiel de tel ou tel opérateur. Mais ne nous assure-t-on pas dans le même temps que les produits sont des produits utilisés dans l’agro-alimentaire ? Après avoir testé l’idée auprès d’experts (industriels et organismes), la mission est convaincue qu’il est possible d’imposer une liste positive de produits (une vingtaine et non 500) permettant de couvrir toutes les fonctionnalités attendues du mélange et bien adaptées au sous-sol français. Cette liste pourrait être établie par un Comité scientifique à créer. Elle s’imposera alors à toutes les opérations de forage de grande profondeur. En réduisant le nombre de molécules susceptibles d’être utilisées, elle limitera « l’effet cocktail » et permettra de mieux appréhender les interactions entre produits et les réactions chimiques potentielles avec les composants de la roche-mère.  »

« La nappe phréatique peut être affectée »

Y-a-t-il alors des risques effectives de contamination des eaux ? Indiscutablement le rapport dit oui. Il précise ainsi : «  Selon les experts de l’INERIS, on peut donc craindre une mobilisation de certains éléments par le fluide de fracturation et leur transfert vers la surface via les remontées de ce fluide. Tout dépend de la concentration initiale dans la roche-mère, très mal connue aujourd’hui, de la quantité d’eau récupérée en surface et des additifs chimiques utilisés. […] Concernant la radioactivité, si l’on sait qu’elle est négligeable dans le Lias, une étude particulière devra être réalisée pour le Permien du Sud-est. [...] La nappe phréatique, qui se situe dans une zone proche de la surface, peut être affectée par des travaux de recherche ou d’exploitation d’hydrocarbures de roche-mère de trois manières : en raison du forage qui la traverse, par suite d’incidents dans le stockage ou le dépotage des liquides stockés en surface, et comme conséquence immédiate et à moyen terme des opérations de fracturation hydraulique. ». Soulignons ici, selon ces derniers éléments que la phase d’exploration est donc bel et bien une phase potentiellement dangereuse pour les nappes phréatiques (éléments mis en gras).

Et de préciser quelques lignes plus loin : « On peut craindre que la fracturation hydraulique engendre ou active des failles ou des fissures telles que le fluide de fracturation ait la possibilité de migrer vers des nappes d’eau souterraines. »

De possibles déclenchements de séismes

S’agissant de l’éventuel déclenchement de séismes liés à cette technique, là encore le rapport confirme les inquiétudes : « Un document du Worldwatch Institute cite le cas d’un séisme de magnitude 3.3 (pouvant être ressenti par la population, mais sans causer de dégâts) à Cleburne, Texas. Les sismologues de l’université du Texas n’ont pas établi de lien convaincant entre l’exploitation des gaz de schiste de Barnett et cette sismicité, mais la ré-injection d’eau dans de nombreux puits (200) après exploitation pourrait en être la cause. ». Même si l’intensité de ces séismes reste modeste, est-il raisonnable d’envisager de telles techniques à proximité immédiate de la centrale de Nogent sur Seine ? [2]

Poursuivant avec d’autres joyeusetés, le rapport évoque l’impact paysager de ces puits. « L’exploitation des hydrocarbures de roche-mère exige l’occupation temporaire de surfaces au sol importantes pour deux raisons. La première tient à la nécessité de forer de nombreux puits pour drainer un gisement à faible teneur. La seconde résulte des opérations de fracturation hydraulique qui imposent la présence auprès de la plateforme de forage d’équipements importants : compresseur, capacité de stockage et de traitement du fluide de fracturation, bassins de rétention et de décantation, stockage du sable et des adjuvants, etc.  ». Mais une fois fermée, l’affaire n’est pas entendue puisque, à l’image de la pollution découverte en 1992 à Chailly en Brie, un puits mal refermé après ses 15 ou 20 années de fonctionnement peut entraîner une pollution des nappes phréatiques. On mesure la multiplication du risque potentiel si notre territoire se couvre de dizaines de forages...

En phase de recherche : 900 à 1300 camions !

A tout cela s’ajoute d’autres nuisances liés à l’augmentation du trafic. Pour la simple phase d’exploration, le rapport : « estime que la réalisation d’un puits de recherche (avec un drain horizontal et fracturations) nécessite entre 900 et 1300 voyages de camion, dont 500 à 600 voyages de camions-citernes (de capacité de l’ordre de 30 m3). » !

Exploration autorisée !

Malgré toutes ces incertitudes, malgré les risques réels décrits (et même dans la phase d’exploration), la mission d’inspection préconise la mise en place de puits expérimentaux par les industriels au motif de protéger les intérêts économiques et l’emploi (l’environnement ne semble finalement guère émouvoir nos experts...) : « Il serait dommageable, pour l’économie nationale et pour l’emploi, que notre pays aille jusqu’à s’interdire, sans pour autant préjuger des suites qu’il entend y donner, de disposer d’une évaluation approfondie de la richesse potentielle : accepter de rester dans l’ignorance d’un éventuel potentiel ne serait cohérent ni avec les objectifs de la loi POPE, ni avec le principe de précaution. Mais, pour ce faire, il est indispensable de réaliser des travaux de recherche et des tests d’exploration. » [3]

La porte est ainsi clairement ouverte à une exploration de notre sous-sol qui, compte tenu des intérêts financiers en jeux, risque bel et bien d’aboutir à une exploitation aux conséquences désastreuses.

Voir en ligne : http://www.auboisementcorrect.com/7...

Notes

[1] Agence gouvernementale américaine pour l’environnement

[2] On rappellera que notre département et sa partie Nord-Ouest est directement concernée par des permis d’exploration déjà octroyés à de grandes sociétés

[3] Extrait de la synthèse du rapport provisoire

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