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J’em... Ségolène

Surtout ne rien dire, surtout ne rien faire, ne pas bouger... C’est toute la stratégie et le programme politique de Ségolène, reine des sondages.

Moins S. Royal parle, plus les intentions de vote progressent. C’est le stade ultime de la politique spectacle, le triomphe de l’image en politique. Le contenu est devenu inutile. Pire encore, il peut s’avérer contre-productif. Donc, ne rien dire. Laisser faire.

Laisser faire les médias et profiter de ses atouts, c’est à dire son image : Celle d’une femme.

Allez savoir pourquoi, être une femme est aujourd’hui un argument électoral. Qu’une femme devienne présidente de la république serait assurément la preuve d’un progrès dans les mentalités collectives ; preuve que le sexe n’est plus un frein à l’accession au pouvoir. Pour autant, voter pour Ségolène parce qu’elle est une femme relève du même raisonnement que de lui refuser ce vote pour la même raison. Dans les deux cas, c’est sur l’image de l’individu (au sens large) que l’on s’appuie pour déterminer son jugement et pas sur le contenu politique.

Les intentions de vote en faveur de S. Royal repose manifestement sur cette image sexuée.

Elle le sait et l’utilise.

D’abord, cette image lui garantit une sorte de protection. Qui attaque Ségolène royal, attaque, non pas la femme politique, mais simplement l’image féminine qu’elle porte. Et ce, aussi longtemps que durera son silence. Laurent Fabius ou d’autres en ont déjà fait les frais, parfois à juste titre... Ce simple article sera sans doute taxé de sexisme ou de misogynie. Or, je le rappelle, ce que je critique c’est avant tout l’absence de contenu politique masqué derrière l’image médiatique que porte ce personnage.

Ensuite, cette image suffit à fournir, sans rien dire, sans rien faire, un a priori favorable, une forme de contenu politique minimal et consensuel. En gros, on vote pour S. Royal parce qu’elle incarne les valeurs féminines (et pas féministes) : douceur, proximité du quotidien, famille... Evidemment, on se trouve ici dans le subjectif, voire l’affectif, mais toujours bien loin du contenu politique qu’on devrait attendre de tout candidat.

Bref, Ségolène, tant qu’elle ne dit rien, correspond à l’image de la femme qu’on désire voir au pouvoir. Tant qu’elle ne dit rien, car parler c’est briser l’image idéale que chacun se construit. Evidemment, elle devra parler, exprimer le contenu politique qu’elle désire incarner si elle se pose comme candidate. Nous verrons alors si l’image de la femme laisse place à celle d’une présidente.

Commentaires

2 Messages de forum

  1. J’em... Ségolène

    Comment résister à l’envie de citer les propos de l’excellent Philippe Muray, qui disent tout sur le personnage :

    "« Notre époque ne produit pas que des terreurs innommables, prises d’otages à la chaîne, réchauffement de la planète, massacres de masse, enlèvements, épidémies inconnues, attentats géants, femmes battues, opérations suicides. »
    « Elle a aussi inventé le sourire de Ségolène Royal. »

    « C’est un spectacle de science-fiction que de le voir flotter en triomphe, les soirs électoraux, chaque fois que la gauche, par la grâce des bien-votants, se trouve rétablie dans sa légitimité transcendantale [...] »

    « “Je souris partout” est le slogan caché de ce sourire et aussi son programme de gouvernement. C’est un sourire de nettoyage et d’épuration. Il se dévoue pour en terminer avec le Jugement terminal. Il prend tout sur lui, christiquement ou plutôt ségolènement. C’est le Dalaï Mama du IIIe millénaire. L’Axe du Bien lui passe par le travers des commissures [...] »

    « C’est un sourire de lessivage et de rinçage. Et de rédemption. Ce n’est pas le sourire du Bien, c’est le sourire de l’abolition de la dualité tuante et humaine entre Bien et Mal, de laquelle sont issus tous nos malheurs, tous nos bonheurs, tous nos événements, toutes nos vicissitudes et toutes nos inventions, c’est à dire toute l’Histoire. »
    « C’est le sourire que l’époque attendait, et qui dépasse haut la dent l’opposition de la droite et de la gauche, aussi bien que les hauts et les bas de l’ancienne politique [...] »

    « C’est un sourire de salut public, comme il y a des gouvernements du même nom. »
    « C’est évidemment le contraire d’un rire. Ce sourire-là n’a jamais ri et ne rira jamais, il n’est pas là pour ça. Ce n’est pas le sourire de la joie, c’est celui qui se lève après la fin du deuil de tout. »
    « Les thanatopracteurs l’imitent très bien quand ils font la toilette d’un cher disparu. »

    Philippe Muray, Moderne contre moderne, Exorcismes spirituels IV, Le sourire à visage humain, Les Belles Lettres, 2005

    par wil | 14 février 2006, 21:15
  2. J’em... Ségolène

    Texte très interessant. Merci de cette contribution

    par PH | 15 février 2006, 14:04

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