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Accueil du site > En vrac > Alerter, discuter, proposer > L’autoroute est derrière nous.
samedi 17 mai 2008, par
- 3569 visite(s) - Prévision : 2 visites aujourd'huiAprès moults rebondissements, la commission particulière du débat public Troyes Auxerre Bourges vient d’être dissoute. Conséquence : il n’y aura pas d’autoroute entre Troyes-Auxerre-Bourges, ni débat sur les aménagements alternatifs possibles.
On peut discuter, chipoter, pinailler... relever que le ministère de l’écologie, dans son courrier adressé à la CNDP parle de : « différer l’examen de ce projet par la Commission nationale du débat public. ». Cela ne change rien. La CNDP a bien prononcé la dissolution de la commission particulière TAB [1] et le ministère donné l’extrême onction au projet autoroutier qui sera enterré d’ici peu, sans fanfare ni tambour...
Car, il faut être lucide, l’autoroute ne se fera pas. Et si un débat a lieu sur l’aménagement de cette liaison, il se fera, sans doute, sans l’hypothèse autoroutière.
Plusieurs raisons à cela :
Faiblesse du trafic : insuffisant pour justifier une autoroute. Les derniers comptages nous montrent une stagnation du trafic routier qui apporte un démenti cinglant aux prédictions d’augmentation du trafic.
Absence de rentabilité économique du projet
Conséquences écologiques d’une telle infrastructure (imperméabilisation des sols, destruction de terres fertiles, émissions de CO2...)
Perspectives énergétiques incertaines. Comment envisager un développement du transport routier, demain, avec un pétrole à 200, 300$, ou plus ?
etc.
Les raisons sont nombreuses pour rendre irréaliste le projet autoroutier. Et à vrai dire, le seul argument recevable, celui de la sécurité routière, pouvait recevoir une réponse rapide à travers des aménagements ou une mise à 2x2 voies.
Malgré cela, certains s’obstinent, visiblement aveuglés par l’esprit Pompidoliens de la bagnole-reine. Ils ont ainsi fait le choix de sacrifier la sécurisation de cet axe au nom des chimériques vertus d’une autoroute.
Philippe Adnot d’abord... Reçu par Jean-Louis Borloo, il ne se montre pas inquiet mais se déclare vigilant. Il a raison. Selon notre sénateur, il n’y aurait pas d’autres alternatives que l’autoroute puisqu’il n’existe pas de possibilité ferroviaire sur cet axe :« Il n’existe pas de possibilité ferroviaire sur cet axe qui pourrait accueillir les camions. L’infrastructure actuelle est dangereuse et c’est la raison pour laquelle je milite pour l’autoroute »
Brillant ? Visionnaire ? Un tel argument pourrait forcer le respect d’un esprit simple. Il m’inspire plutôt le désespoir devant le manque de réflexion et d’analyse de nos élus, devant cette simplification, cette caricature du débat. Connaît-il si peu le dossier pour ne pas évoquer les nombreuses alternatives à l’autoroute ? Ou fait-il le pari du manque d’intelligence des citoyens pour réduire à un tel point le débat sur cette liaison ? C’est, dans les deux hypothèses, un bien mauvais signe pour notre fonctionnement démocratique...
Quid des aménagements ponctuels, d’une 2x2 voies ou d’une solution mixte ? C’est bien avec ce type de raisonnement, dogmatique (car il considére l’autoroute comme la seule et unique possibilité), et hélas, très largement partagé par nos élus, que notre département a pris 20 ans de retard dans l’aménagement et la sécurisation de cet axe.
Mais au fond, le problème est plus grave, et nous sommes plusieurs à le dénoncer depuis un certain nombre d’années.
En l’absence d’un vrai projet politique, nos responsables ont pris l’habitude, élection après élection, à gauche comme à droite, de nous re-sortir du chapeau de vielles lanternes : l’autoroute Troyes-Auxerre-Bourges en est une. Elle devait être la clef pour sortir de notre supposé enclavement, le Saint-Graal de notre développement... Et finalement tout opposant à ce projet, tout ceux qui pouvaient évoquer quelques alternatives moins coûteuses, plus efficientes, étaient considérés comme des esprits faibles et fragiles.
Cette attitude suffisante, pleine de certitudes est finalement bien résumé dans l’article de l’Est-Eclair qui ne donne pas la parole aux opposants à l’autoroute et qui, pire encore, affirme : « Les aubois majoritairement favorable à l’autoroute » sur la foi d’une pseudo consultation de quelques centaines de lecteurs de l’Est-Eclair. Sur Auboisementcorrect, notre propre sondage avait donné 27% seulement en faveur de l’autoroute ! Évidemment, aucun des deux “sondages” ne reposent sur une méthodologie fiable et un échantillon rigoureux. Aucun de ces deux “sondages” ne peut servir d’appui pour décrire le sentiment majoritaire des aubois. Sauf si, les certitudes des uns l’emportent sur l’analyse contradictoire du sujet.
Je me désespère parfois devant cet entêtement collectif, ce refus d’admettre, après 20 ou 30 ans d’un combat stérile l’impossibilité de cette autoroute, cette vanité de vouloir, lorsqu’on est élu, laisser un signe ostentatoire et « goudronnée » de son passage.
Je me désespère qu’ici un vrai débat sur les infrastructures (routières, fluviales et ferroviaires) n’ait jamais eu lieu :
un débat capable de fixer des objectifs précis et réalistes ;
un débat capable de reconnaître les conséquences funestes du TGV Est sur la ligne Paris-Bâle et les effets pervers du Bibi sur la perspective d’électrification.
un débat capable de faire le deuil du choix autoroutier ;
un débat capable de hiérarchiser nos choix en matière d’infrastructures ;
un débat capable de prendre en compte, de manière égale, les réalités et les perspectives environnementales, sociales et économiques, et de faire émerger un consensus entre les différents acteurs du département.
A l’heure actuel, l’aveuglement et la suffisance de nos élus, l’absence d’une opposition crédible et structurée empêchent ce débat et paralysent le développement de notre département.
[1] Troyes-Auxerre-Bourges
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