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La tribune de Laurence VICHNIEVSKY : un texte fondateur pour une nouvelle écologie

jeudi 25 août 2011, par Pascal Houplon | article consulté 108 fois

La tribune de Laurence VICHNIEVSKY (conseillère régionale europe-écologie et ancienne juge du pôle financier) est sans doute l’une des meilleures contributions, l’un des regards les plus novateurs sur la crise qui secoue notre monde occidental.

Ce texte a provoqué une forte polémique au sein même des écolos. Plusieurs responsables l’ont jugé incompatible avec le projet "écolos", qualifiant même ce texte de "droite".

C’est, à mon sens tout le contraire :

Dette : et si nous devions revoir notre copie ? (par Laurence Vichnievsky

La décroissance n’est pas un projet politique conçu par des écologistes radicaux, c’est la réalité des économies de l’Europe de l’Ouest dont le taux de croissance baisse régulièrement depuis cinquante ans : en France, ce taux a été de 5,91% dans les années 60, de 4,15% dans les années 70, de 2,29% dans les années 80, de 1,86% dans les années 90 et de 1,36% dans les années 2000 (source Insee).

Rien ne garantit qu’il doit rester positif. Le recours massif au crédit a permis de soutenir la demande durant la dernière période, mais la crise des subprimes en 2008 et celle des dettes souveraines depuis 2010 ont montré les limites d’une telle politique. Au-delà d’un certain seuil, le niveau d’endettement doit cesser de croître sous peine de provoquer la perte de confiance des prêteurs et l’implosion du système. De l’avis de tous les économistes, ce seuil est aujourd’hui atteint.

Mais si l’endettement est devenu le soutien obligé de l’activité, celle-ci devrait stagner, voire décliner, en cas de stabilisation de la dette. Peu importe que cette baisse d’activité soit appelée décroissance, selon le vocabulaire écologiste, ou récession, selon la formulation classique. Elle devrait entraîner, dans un premier temps, des pertes d’emplois et des moins-values fiscales. A cet égard, les prévisions de recettes fondées sur un taux de croissance de 2% relèvent de la méthode Coué, elles ne peuvent servir de base à la décision.

Faut-il, alors, refuser le désendettement, renoncer à l’objectif de réduire les déficits publics en dessous de 3% du PIB dès 2013, auquel se sont engagés les dirigeants de la zone euro le 21 juillet ? Peut-on continuer à creuser ces déficits, en sanctuarisant niches et exemptions fiscales « créatrices d’emplois », comme le propose la majorité, ou en augmentant la dépense publique par des « investissements d’avenir », comme le suggère l’opposition de gauche ? Ce ne serait pas raisonnable.

Une poursuite de l’endettement alourdirait la charge de la dette, non seulement à proportion de l’augmentation des sommes dues mais surtout en raison de la hausse des taux d’intérêt, consécutive à la dégradation de notre crédit par les agences de notation. La situation deviendrait vite intenable, les premières victimes du réajustement seraient sans doute les plus pauvres.

Certains proposent donc d’aller plus loin, d’accepter le défaut de paiement de la France, au motif que la dette est le produit des politiques néolibérales menées depuis trente ans, de sortir de l’euro, de dévaluer et de relancer l’économie en finançant une partie des dépenses par le recours à la création monétaire. Plusieurs raisons l’interdisent. La première est qu’il n’existe pas de majorité politique pour porter un tel projet. La deuxième est qu’une dévaluation n’est efficace qu’assortie d’un sévère plan de rigueur (incluant blocage des salaires et gel des traitements des fonctionnaires), ce qui n’est pas le but recherché par les promoteurs de cette idée, du moins ceux de gauche. La troisième est qu’il ne faut pas confondre politique et morale : rien ne sert de rechercher qui sont les responsables ou les profiteurs de la dette, il faut la réduire. Enfin et surtout, la sortie de l’euro par la France porterait un coup très dur à la construction européenne ; en 1983, alors qu’il était envisagé de quitter le SME, Mitterrand a eu la lucidité de s’y opposer.

Aujourd’hui, la réduction de la dette s’impose à nous comme un rappel au principe de réalité. Elle nous oblige à revoir notre projet, non dans ses principes, mais dans sa mise en œuvre : le retour à l’âge légal de la retraite à 60 ans est une lubie, les créations d’emplois publics doivent être gagées par des suppressions de postes, les investissements publics doivent être financés, non par les économies à venir qu’ils sont censés générer ou par une affectation autoritaire sur l’épargne, mais par des recettes budgétaires concomitantes, les dépenses du système de santé et des collectivités locales doivent être maîtrisées. Cela sera difficile.

Les marges dont nous disposons résident dans le choix d’une fiscalité plus écologique et plus juste : plus écologique pour amorcer une transformation de nos modes de vie et de consommation, avec l’instauration d’une taxe carbone dissuasive, plus juste parce qu’il n’y a pas de démocratie sans une relative égalité entre les citoyens. Les revenus du capital et du travail doivent être taxés de manière égale et progressive. Les inégalités de fortune doivent être limitées par un impôt frappant l’ensemble du patrimoine, sans exonération, lui aussi progressif. La fraude doit être réduite.

Dans la crise que nous traversons, les efforts qui seront exigés pèseront plus lourdement sur les plus riches, mais ils n’épargneront personne. La transition vers la société écologique passe par l’apurement de la dette, qu’en tout état de cause nous ne pouvons pas léguer à nos enfants. L’urgence, aujourd’hui, est financière.

2 Messages de forum

  • La tribune de Laurence VICHNIEVSKY : un texte fondateur pour une nouvelle écologie Le 30 août 2011 à 04:16 , par Wisniowicki Jean Marie

    Quelques questions bêtes d’abord :
    - depuis que je m’informe sur la dette des pays, je n’ai pas encore très bien compris envers QUI sont-ils endettés ? A QUI les pays ont-ils emprunté ?Si vous me répondez que ce sont les banques, QUELLES banques ? A QUI appartient l’argent que ces banques prêtent ?
    - Combien rapportent les impôts sur les revenus ? Quelles proportions par rapport aux différent revenus ? Comment est redistribué cet argent ?
    - Est-il possible de connaître le montant des différentes taxes perçues sur tous les mouvements d’argent (marchandises, services, autres...) ? Redistribution ?
    Je n’ai pas fait d’études d’économie et ne suis donc pas plus renseigné que mes autres concitoyens quand je lis les articles d’information, c.à d. que je n’y comprends rien, car ces articles s’adressent à des initiés

    Quelques remarques :
    - la croissance est assimilée à un enrichissement des personnes et non à un enrichissement du pays dans son service public, ainsi donc à une consommation de plus en plus individualisée : chacun sa télé, ordi, voiture, développement personnel (dernier cri (en matière d’exploitation de l’individu ) des besoins modernes etc,etc,etc...
    - les pauvres, si vous les connaissez PERSONNELLEMENT, ne pourront pas être victimes davantage de la PAUVRETE qu’ils ne le sont déjà :
    quand on a beaucoup faim, on ne peut pas avoir plus faim et quand on n’a pas de travail, on ne peut pas en avoir moins !!!
    - le boursicotage est une plaie (morale, économique, politique) criminelle.
    - ce ne sont pas nos enfants qui sont le plus à plaindre car ils sont déjà infectés par le consumérisme (si je ne me trompe pas de terme
    pour désigner le gaspillage), mais nos PETITS-ENFANTS

    Quelques étonnements (et suggestions ?)
    - cela fait longtemps que l’on ne parle pas du chômage avec de vrais chômeurs ! Peur du débat public (décidément mai 68 a laissé des traces incroyables de peur chez les responsables qui se veulent des gens publics)
    - les nouveaux marchés de la consommation ( ne rajoutons pas une fois de plus la télé, mais sinon ?) sont presque tous preneurs du temps à un degré impressionnant (occupation des esprits ?)
    - les terres arrachées aux petits paysans de France avec le trop fameux remembrement sont-elles plus productives qu’un simple jardin ? Une étude SCIENTIFIQUEMENT sérieuse que j’avais trouvée dans Science et Vie ou Science et Avenir ou une autre revue auxquelles mon Lycée était abonné dans les années 80 démontrait que le jardin était la manière la plus rentable(que ce mot est lourd de sens parfois !) la plus rentable d’exploiter( hum, hum !)
    la terre :300% en apport FINANCIER !!!
    Conclusion ???
    - Nous ne sortirons JAMAIS du chômage en continuant TOUTE forme de travail à la chaîne ( soit disant pour être plus rentable, POUR QUI ?
    - JAMAIS en continuant de remplacer le travail manuel par les machines qui font un travail BIEN MOINS FINI que l’homme : Savez- vous qu’après avoir fait faire une pièce par un OUVRIER, la machine recopie au centuple cette pièce, MAIS qu’elle est incapable de fabriquer l’ORIGINAL ???

    MA conclusion écologique bien sûr :
    il ne s’agit pas de revenir en arrière, mais de CHANGER notre mentalité, ce qui a été POSSIBLE par rapport à l’esclavage, par rapport
    aux congés payés au droit aux soins médicaux pour tous et par rapport à la retraite !!!(petite boutade mais pas si nulle qu’elle en a l’air : par rapport à la retraite à 50 ans, demandez donc à tous ces chefs d’entreprise qui raccrochent AUJOURD’HUI à cet âge et qui décident de vivre ENFIN
    La seule manière d’aller en AVANT c’est d’aider les petits-enfants des pays à ne pas suivre le mauvais chemin que nous avons emprunté, NOUS, leurs aînés consommateurs exagérés, mea culpa difficile mais vital !
    Je suis c’est sûr écolo depuis bien avant que ce mot n’ait été mis au goût du jour

    JMW

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    • Je ne suis pas non plus économiste.

      Il me semble, si j’ai tout compris, que les Etats sont endettés auprès d’autres états, d’institutions, de particuliers, de banques... Les bons du trésor, les obligations... sont ainsi vendus pour combler les trous mais en même temps creusent la dette. Sous des formes diverses, les chinois détiennent ainsi 25% de la dette américaine.

      Sur la croissance, elle est repose sur l’ensemble de l’économie et de son secteur productif. La croissance mesure l’accroissement de la production d’un pays. Les richesses produites par l’école, la culture... sont difficilement quantifiables du point de vue économique. Mais cette croissance du PIB ne mesure qu’une richesse qui s’accroit, et pas une qualité de vie, ni une meilleure équité sociale... c’est là toute la limite de cet indice.

      Je ne suis pas d’accord avec vous sur les pauvres. En cas de crise, comme dit le proverbe, si les riches maigrissent, les pauvres meurent. Et souvent les périodes de crises sont des périodes où les inégalités s’accroissent.

      Pour l’essentiel, je crois qu’il faut avant tout changer notre regard sur la notion de progrès et de développement. Si nous nous émancipions de cette fameuse croissance et de son pib, peut être nous rendrions-nous compte que le développement est possible par d’autres chemins (que vous citez). C’est un peu ce que dit Laurence Vichnievsky : si nous gardons les yeux rivés sur le compteur de la croissance, nous constatons que nous ralentissons, ralentissons, sans pouvoir imaginer d’autres voies de développement.

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