
D’abord les bonnes manières. Celles des élus aubois, de la presse écrite du coin (le coin-coin rouge, ou le coin-coin bleu) ou de la télé locale. Le nucléaire est alors une affaire sérieuse. Une affaire qui rapporte des biftons et qui rime avec développement économique voire touristique ; une affaire qui s’occupe du développement durable comme Benoit XVI s’occupe de la sexualité...
Il y a aussi les mauvaises manières. Celles de Michel Gueritte qui s’invite là où il n’est pas le bienvenu, qui met les pieds dans le plat, qui remue la m.... qui parle, qui gueule, qui débat, argumente, polémique... bref, les mauvaises manières de la démocratie.
Au fond de notre petit département, au travers des seuls coins-coins locaux, on pourrait croire que le Guéritte est une espèce turbulente, excessive, voire dangereuse pour notre quiétude. Il suffit pourtant de passer la frontière marno-auboise pour découvrir une autre manière de parler de la question du nucléaire (et particulièrement celle du projet de centre FA-VL). La-bas, chez nos voisins marnais, on n’hésite pas à poser les questions qui fâchent, à s’interroger sur l’impact d’une nouvelle poubelle nucléaire sur les débouchés de nos produits locaux. C’est ainsi que l’Union proposait le 2 juin dernier un article dense sur le refus des viticulteurs de voir, aux pieds des vignes, enfouir quelques futs radioactifs.
La-bas, les professionnels du Champagne sont franchement hostiles à cette nouvelle poubelle. Et ils le disent. D’abord Daniel Lorson, porte-parole du CIVC [1] qui déclare : « L’image du champagne est quelque chose de fragile. Notre rôle est de la préserver. L’image de pureté du champagne ne doit pas être mise en péril. ». Le président de l’Union des maisons de champagne et co-président du CIVC, Ghislain de Montgolfier en rajoute une couche : « On fait notre métier. On considère qu’il y a collision entre champagne et nucléaire. Et nous exposons nos arguments aux députés et aux élus qui peuvent être intéressés par les retombées financières d’un tel centre de stockage ». Et moi, naïvement, il me prend à rêver d’un Didier Marteau [2] défendant avec la même conviction l’image et la renommée des productions auboises...
Du côté des élus, le consensus marnais semble à l’exact opposé de celui qu’on trouve dans l’Aube !! A droite, le député Philippe Martin explique qu’une telle poubelle : « sera un argument pour les Américains qui ne veulent pas reconnaître l’appellation champagne. » Et ajoute : « « Ça serait simplement malvenu de retenir un site dans le département de l’appellation champagne. Ça serait gênant pour la pérennité de l’appellation ». Voilà qui a le mérite de la clarté.
A Gauche, Bachy ne mache pas non plus ses mots, parle de « contradiction avec des impératifs de nature économique » et rappelle que les vignerons « sont aussi tributaires d’une image attachée aux terroirs de la région, qui doit n’offrir aucune brèche ». Et là encore, il me vient à rêver d’un Adnot ou d’un Dhuicq osant braver la puissance du nucléaire pour soutenir notre agriculture et nos produits reconnus.
Au delà de mes doux phantasmes écolo, une telle attitude à quelques kilomètres de notre département a, tout de même, de quoi soulever de légitimes questions.
Pourquoi un tel silence du monde viticole aubois qui, pourrait-on croire, partage les mêmes désirs pour préserver l’image du Champagne ?
Pourquoi, ici, un tel consensus politique en faveur du centre FA-VL ?
Pourquoi les médias locaux offrent-ils un traitement de ce projet si orienté ? Pourquoi ne laissent-ils pas plus la parole au débat, à un Michel Gueritte, à un ou deux écolos (j’en connais !) qui pourraient apporter un autre son de cloche ?
Evidemment, comme je ne crois ni au complot, ni au lobbying souterrain, je n’ose croire que l’influence économique de l’Andra dans notre département puisse avoir un lien avec ces questions...









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