
Michel SERRES. - « Depuis les ravages causés par Katrina dans le golfe du Mexique, il est beaucoup question, aux Etats-Unis comme en Europe, de la menace que l’amenuisement des réserves mondiales de pétrole fait peser sur le devenir de nos sociétés. Pour autant, cette prévision ne constitue en aucun cas une découverte pour les spécialistes énergétiques ! Le « mur » du pétrole est déjà connu depuis plusieurs dizaines d’années. [...] Nous avons maintenant conscience de la finitude inhérente aux ressources de pétrole. Avant de nous inviter à une réforme de nos comportements et à un « changement de paradigme », j’ai surtout le sentiment que cette problématique nous confronte à la différence entre les rythmes de prévision qu’impliquent, d’un côté, une gestion de court terme et, de l’autre, une gestion de long terme. [...]. Or, aujourd’hui, hélas, le long terme est négligé : c’est sans doute logique, dans la mesure où le journal vit dans l’urgence et la fièvre de l’actualité. Mais il n’est pas pris en compte non plus par les mondes politique et économique, dont l’horizon est borné par le futur immédiat. Comment se fait-il qu’on caresse le projet d’un immense aéroport français ou d’un programme d’autoroutes ambitieux, quand on devine les difficultés - et l’impératif de réorganisation globale - que vont entraîner des défis aussi différents que le mur du pétrole, l’avenir du système de santé, les bouleversements de l’éducation et de la recherche ?
[...]
Dès que les nouvelles technologies sont apparues, elles ont rendu désuet, dans plus d’un cas, le transport physique des personnes. D’une certaine manière, le pétrole est déjà démodé. [...] Dans ce contexte général, notre chance est d’avoir su mettre au point des technologies de substitution avant même que les industries fondées sur le « hard » disparaissent. Alors qu’il déclinait, le « hard » a été relayé par le « soft ». Et la plupart de nos pérégrinations sont, d’ores et déjà, inutiles. »
Commentaire : Bien mieux que moi, Michel Serre met donc le doigt sur le problème majeur qui est celui de la différence du niveau d’analyse, notre incapacité à nous projeter dans le long terme et à envisager, ce qui nous semble in-envisageable, c’est à dire la fin du pétrole bon marché.
On ne peut traiter un problème que nous sommes incapable d’appréhender. On ne peut envisager de changer de direction en face d’un mur que nous ne voulons pas voir. Or, notre dépendance vis à vis du pétrole est tellement grande qu’elle met sur nous des oeillères.









Il est vrai qu’on a du mal à comprendre cette politique d’exploitation maximale des gisements de pétrole (jusqu’au coeur de l’Amazonie et bien d’autres réserves naturelles qui étaient auparavant protégées) sachant que de toutes façons cette ressource s’amenuise et qu’un jour il faudra s’en passer...
Je n’ai aucune idée de pourquoi la plupart des pays industrialisés ferment les yeux, les oreilles et tout le reste et foncent droit dans le mur, BUSH en tête...
"La Conférence internationale de Montréal, qui s’ouvre aujourd’hui, offre aux signataires du protocole de Kyoto la possibilité de démontrer leur sérieux en amorçant la deuxième phase de ce traité afin de lancer le processus de négociations sur les objectifs de réduction de la période 2012-2020, celle qui devrait impliquer les pays du G5, soit la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et le Mexique, à côté d’une Europe déterminée à ouvrir la marche.
Opposés à toute forme de multilatéralisme, les États-Unis risquent fort de s’isoler davantage à Montréal au moment où leur suprématie économique s’effrite. Ils vont donc tenter d’amorcer une nouvelle ronde de pourparlers en marge du protocole de Kyoto pour mieux le paralyser même si, chez eux, le Sénat, les grandes villes et une trentaine d’États veulent de plus en plus ouvertement engager la lutte aux gaz à effet de serre (GES)".
La plupart des américains seraient-ils favorables à un changement, je le pense, ils semblent être otages d’un gouvernement aux pratiques quasi dictatoriales...
Mais en y regardant bien je crois que nous sommes dans le même cas. Les autorités bloquent la plupart des initiatives et expérimentations sur les biocarburants.
Que pouvons nous faire pour faire pression ?
Voir en ligne : Lancer Kyoto 2 à Montréal
Les responsables politiques sont, hélas, pris dans une logique électoral. Leur priorité, quelques mois après être élu et de penser à être réélu. Cette logique conduit à une gestion politique à court terme, désastreuse pour les problèmes environnementaux mais également sociaux.
La réponse pourrait venir d’un non-cumul des mandats et d’une limitation de leur renouvellement.
Ce ne sont que des pistes, car dans ce domaine, les changements des comportements sont indispensables